Logiciels libres, connaissances ouvertes et cultures libres

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Naissance des logiciels libres et évolutions des libertés numériques

Evolution du secteur de l’informatique : de la vente de serveurs au cloud computing

En 1943, le président d’IBM, Thomas WATSON, déclarait « Je pense qu'il y a un marché mondial pour environ 5 ordinateurs. », en 1951, ils vendront plus de 12 000 exemplaires de l’ordinateur IBM 1401. Ce propos, peu visionnaire à l’époque, était révélateur de la complexité mécanique et technique des premiers ordinateurs. Les ordinateurs étaient alors des machines extrêmement volumineuses, installées dans les administrations et les entreprises. Un fabricant de matériel – le plus souvent IBM, qui avait une position quasi hégémonique à l’époque – équipait ses clients, tout en fournissant le système d’exploitation, des logiciels, des périphériques et du service. Dans chaque institution, les informaticiens écrivaient ensuite en interne, souvent avec une aide du fabricant, les programmes dont ils avaient plus spécifiquement besoin. Dans la pratique, les logiciels étaient ainsi « développés de manière coopérative par le constructeur de matériel dominant et par ses utilisateurs techniquement compétents ».

L'ordinateur Eniac programmé par des femmes

Unité centrale de l'IBM 1401 au centre, entourée à gauche de son lecteur de carte perforée IBM 1402 et de son imprimante IBM 1403 à droite

Il était économiquement rationnel que les logiciels soient four­nis gratuitement ou à bas coût, sous une forme qui en permette la modification (c’est-à-dire avec le code source). Ils étaient considérés « comme une forme de garniture offerte par les fabricants pour donner plus de saveur à leurs coûteux systèmes informatiques » . La gratuité et l’ouverture favorisaient les améliorations techniques et ne représentaient pas véritablement de manque à gagner en l’absence d’une industrie du logiciel autonome. Dans une économie de l’informatique reposant sur la vente de hardware et sur un système de distribution centralisé, de meilleurs softwares ne pouvaient qu’aider à écouler plus de machines. IBM intégrait ainsi à ses logiciels les modifications les plus utiles faites par les utilisateurs. L’entreprise renforçait de la sorte la captivité de ses clients, prévenait l’émergence d’éditeurs de logiciels indépendants, et consolidait sa position quasi hégémonique dans un marché où les coûts d’entrée étaient prohibitifs.

Apple II

Avec l’arrivée des premiers ordinateurs personnels à partir de 1977 (l’Apple II, puis l’IBM PC en 1981), le marché de l’informatique se déporte progressivement du matériel à la vente de logiciel, avec notamment l’arrivée du premier Windows en 1985. Aujourd’hui, un certain nombre d’éditeurs de logiciels sont passés à une système « Software As A Service » (SAAS) où tout ou partie du logiciel est dans le « cloud » et il faut louer de façon mensuelle le droit d’utiliser ces logiciels (c’est le cas de Microsoft avec la suite bureautique Office365 ou encore Adobe avec la suite Photoshop et autres), une raison de plus de passer aux logiciels libres et de retrouver de l’autonomie numérique ?

Une brève histoire des logiciels libres et du projet GNU/Linux

Richard M. Stallman avait découvert le laboratoire d’intelligence artificielle (AI Lab) du MIT en 1971, alors qu’il était encore étudiant en physique à l’université voisine d’Harvard. Il y avait été conduit par son goût pour l’informatique, qui s’était peu à peu transformé en véritable passion. Les usages en vigueur au sein des deux universités, et notamment de leurs départements d’informatique, étaient à bien des égards opposés. À Harvard, l’accès aux terminaux était géré par ce que Richard Stallman estimait être une bureaucratie étouffante. Le rang académique déterminait des ordres de priorité et, en tant qu’étudiant de premier cycle, il devait parfois attendre jusqu’à quatre heures pour accéder à un ordinateur, alors même que d’autres machines « étaient inutilisées dans les bureaux fermés à clé des professeurs ». Rien de tel au MIT. La politique d’accès aux ordinateurs y était moins restrictive et beaucoup plus égalitaire. De nombreux informaticiens s’y définissaient comme hackers, ce qui impliquait tout à la fois une conviction profonde que la programmation informatique pouvait changer le monde, et un mépris abyssal pour les pesanteurs bureaucratiques susceptibles d’entraver cette révolution. Richard Stallman ne tarda pas à trouver les pratiques du MIT, et les gens qui les défendaient, nettement plus à son goût. En parallèle de ses études à Harvard, il en vint à passer ses week-ends à programmer au laboratoire d’intelligence artificielle du MIT, pour ne plus se consacrer qu’à cette dernière activité après l’obtention de son diplôme d’Harvard en 1974 et l’arrêt de ses études de physique en 1975.

Richard Stallman

En parallèle à l’écriture de lignes de code, Richard Stallman ne cessait de défendre l’ouverture de tous les logiciels et ordinateurs utilisés au sein du laboratoire. Il lutta notamment contre l’introduction de mots de passe, que de nombreux enseignants du MIT (notamment au sein du laboratoire concurrent, le Laboratory for Computer Science) se mirent à défendre à la fin des années 1970. Suite à l’installation en 1977 d’un tel système de sécurité, Richard Stallman contre-attaqua conformément à la tradition hacker de l’action directe. Il modifia le code source du système, de sorte que le message suivant apparaisse dès qu’un utilisateur entrait son mot de passe : « Je vois que vous avez choisi le mot de passe “x”. Je vous suggère d’utiliser le mot de passe “Entrée”. Plus facile à taper, il démontre le caractère illusoire des mots de passe et de la sécurité ». Bien qu’elle connût pendant un temps un certain succès, la campagne de Richard Stallman fut finalement mise en échec : en 1980, tous les ordinateurs du MIT avaient été munis de systèmes de sécurité.

Un autre épisode, célébrissime dans le milieu du logiciel libre, illustre le déclin de la culture hacker au crépuscule des années 1970 : l’histoire de l’imprimante Xerox. L’anecdote prend place au MIT en 1980, après la réception par le AI Lab d’une nouvelle imprimante. Voici comment Richard Stallman raconte l’histoire :

Une fois, j’ai vu ce que c’est d’utiliser un programme dont on ne connaît pas le code source. Ça s’est passé quand Xerox a donné au MIT une imprimante laser. C’était [...] la première génération des imprimantes laser. [...] C’était vraiment bien, mais pas tout à fait fiable. Parfois, plusieurs fois par heure, elle se bloquait. [...] Notre ancienne imprimante avait le même problème, mais l’ancienne était contrôlée par du logiciel libre, donc nous possédions le code source pour ce programme, et nous avions pu ajouter des fonctionnalités spéciales pour nous débrouiller avec ces problèmes. Avec la nouvelle imprimante, nous n’avons pas pu le faire car Xerox ne nous avait pas donné le code source du programme. Nous ne pouvions pas faire de changements dans le programme. Nous étions capables d’écrire ces fonctions mais nous étions bloqués volontairement par Xerox, nous étions prisonniers d’un logiciel qui a mal fonctionné pendant plusieurs années. [...] C’était dégueulasse .

La naissance du projet GNU

C’est dans cette perspective qu’il posta le 27 septembre 1983 sur un groupe de discussion Usenet un message présenté comme un appel à contributions :

Dès le Thanksgiving prochain, je commencerai à écrire un système logiciel complet, compatible Unix, appelé GNU (pour GNU N’est pas Unix), et à le distribuer librement à tous ceux qui souhaitent l’utiliser. Je fais appel à toute contribution en temps, en argent, en programmes et en matériel pour faire avancer ce projet . 

Dans la suite du message, le programmeur du AI Lab présentait ses nombreux mérites, et précisait un peu le projet. Celui-ci était empreint de l’esprit hacker, comme en témoignait le nom choisi, acronyme typique de l’humour des informaticiens du MIT. Il était surtout extrêmement ambitieux, pour ne pas dire déraisonnable. Richard Stallman projetait en effet d’écrire un nouveau système d’exploitation en partant quasiment de zéro, afin d’en faire une alternative crédible à Unix, qui était à l’époque un système tout à fait accompli. Pour développer le projet GNU, il décida de quitter le MIT et fonda avec quelques amis hackers la Free Software Foundation (FSF) le 4 octobre 1985, financée essentiellement par les dons de particuliers et la vente des logiciels GNU . Page d’accueil de la Free Software Fondation http://fsf.org

Le copyleft : le meilleur hack de Richard Stallman

Durant les premières années du projet GNU, Richard Stallman s’était peu occupé des questions juridiques soulevées par le logiciel libre, Richard Stallman découvrit peu à peu que la loi, dont il n’approuvait pas l’esprit, offrait en fait des possibilités insoupçonnées. Il s’avisa tout d’abord que le copyright n’empêchait pas les auteurs d’autoriser certains usages normalement interdits de leurs œuvres, pourvu qu’ils accompagnent celles-ci de licences spécifiques. Pour la sortie d’Emacs (éditeur de texte) en 1985, il rédigea ainsi une licence par laquelle il autorisait la modification, la copie et la distribution du logiciel. Les utilisateurs devaient cependant s’engager à ce que les versions qu’ils distribuent soient toujours couvertes par la même licence et accordent ainsi les mêmes libertés aux utilisateurs ultérieurs (le « copyleft » en contrepoint du « copyright »). Après quelques années de maturation et de discussion, ces réflexions aboutirent en février 1989 à la première version de la General Public License (GPL), rédigée avec l’aide du juriste Eben Moglen. Celle-ci devint aussitôt la licence attachée à tous les logiciels développés dans le cadre du projet GNU.

Qu’est-ce qu’un logiciel libre ?

D’après la définition de la FSF : « Logiciel libre » [free software] désigne des logiciels qui respectent la liberté des utilisateurs. En gros, cela veut dire que les utilisateurs ont la liberté d'exécuter, copier, distribuer, étudier, modifier et améliorer ces logiciels. Ainsi, « logiciel libre » fait référence à la liberté, pas au prix (pour comprendre ce concept, vous devez penser à « liberté d'expression », pas à « entrée libre »). Pour bien montrer qu'il ne s'agit pas de gratuité, nous utilisons quelquefois en anglais l'expression libre software, qui emprunte au français ou à l'espagnol.

Nous faisons campagne pour ces libertés parce que chacun les mérite. Avec ces libertés, les utilisateurs (à la fois individuellement et collectivement) contrôlent le programme et ce qu'il fait pour eux. Quand les utilisateurs ne contrôlent pas le programme, nous qualifions ce dernier de « non libre », ou « privateur ». Ce programme non libre contrôle les utilisateurs et son développeur le contrôle. Le programme devient donc l'instrument d'un pouvoir injuste. 

Un programme est ainsi un logiciel libre si vous, en tant qu'utilisateur de ce programme, avez les quatre libertés essentielles :

  • la liberté d'exécuter le programme comme vous voulez, pour n'importe quel usage (liberté 0) ;
  • la liberté d'étudier le fonctionnement du programme, et de le modifier pour qu'il effectue vos tâches informatiques comme vous le souhaitez (liberté 1) ; l'accès au code source est une condition nécessaire ;
  • la liberté de redistribuer des copies, donc d'aider votre voisin (liberté 2) ;
  • la liberté de distribuer aux autres des copies de vos versions modifiées (liberté 3) ; en faisant cela, vous donnez à toute la communauté une possibilité de profiter de vos changements ; l'accès au code source est une condition nécessaire.

Un programme est un logiciel libre s'il donne toutes ces libertés aux utilisateurs de manière adéquate. Dans le cas contraire, il est non libre. Bien que nous puissions faire une distinction entre différents schémas de distribution non libres, en quantifiant ce qui leur manque pour être libres, nous les considérons tous comme équivalents dans leur manque d'éthique. « Logiciel libre » ne signifie pas « non commercial ». Un logiciel libre doit permettre l'usage commercial, le développement commercial et la distribution commerciale. Le développement commercial de logiciel libre n'est plus l'exception ; de tels logiciels libres commerciaux sont très importants. Vous pouvez avoir payé pour obtenir une copie d'un logiciel libre ou vous pouvez l'avoir obtenu gratuitement. Mais quelle que soit la manière dont vous vous l'êtes procuré, vous avez toujours la liberté de copier et de modifier le logiciel et même d'en vendre des copies.

Carte conceptuelle du logiciel libre

Pourquoi le libre est-il différent de l’open source ?

Les débuts de Linux

En 1991, un jeune étudiant finlandais nommé Linus Torvalds commença à développer un noyau (un noyau est l’élément de tout système d’exploitation qui permet de faire le lien entre la partie matérielle de l’ordinateur et sa partie logicielle) pour Minix (un dérivé d’Unix), afin de pouvoir accéder à son compte Unix depuis l’ordinateur de son domicile. Il rendit rapidement son travail disponible, par le biais d’une licence interdisant toute utilisation commerciale dans un premier temps, puis grâce à la GPL à partir de février 1992. Le logiciel fut baptisé Linux, du nom de son fondateur, et conformément à la tradition voulant que toute variante d’Unix finisse par la lettre x. Grâce aux listes de diffusion et aux forums électroniques, de nombreux développeurs apportèrent peu à peu des améliorations au code écrit par Linus Torvalds. Le projet pris ainsi une ampleur que celui-ci avait été loin de soupçonner au départ, lorsqu’il parlait de son travail comme d’un « passe-temps [...] pas aussi sérieux et professionnel que GNU ».

Logo GNU

La naissance du mouvement open source

Au milieu des années 1990, le monde des affaires commença, quoique d’abord assez timidement, à s’intéresser au logiciel libre. La société Red Hat fut créée en 1995 avec le projet d’éditer sa propre distribution de GNU/Linux et de faire payer à ses clients tous les services afférents : formation, maintenance, personnalisation, etc. Elle suivait en cela les traces d’une entreprise pionnière, Cygnus Solutions, cofondée en 1990 par Michael Tiemann. Celui-ci fut l’un des premiers à déceler dans le logiciel libre un potentiel commercial. Il décrit sa réception du « manifeste GNU » de la manière suivante : « Cela ressemblait à de la polémique socialiste, mais j’y ai vu quelque chose de différent. J’y ai vu un business plan caché ».

Au début de l’année 1998, de nombreuses entreprises informatiques demeuraient malgré tout réticentes à s’engager dans le logiciel libre. Elles étaient notamment rebutées par l’appellation free software, spontanément associée à une idée de gratuité peu favorable aux affaires. C’est pour tenter de mettre fin à ces ambiguïtés et favoriser la pénétration du logiciel libre dans le monde de l’entreprise, que l’expression « open source » fut forgée. Son usage se répandit comme une traînée de poudre, mais Richard Stallman ne tarda pas à désapprouver cette évolution terminologique. L’expression open source avait certes l’avantage d’éliminer la confusion entre liberté et gratuité, qu’il avait lui-même sans cesse cherché à désamorcer. Mais elle conduisait aussi à passer sous silence la question de la liberté, qui avait toujours été au cœur de son combat.

Classification des licences

Ce clivage s’institutionnalisa en 1998, avec la création par Eric Raymond et Bruce Perens de l’Open Source Initiative (OSI). Cette nouvelle organisation se présentait à bien des égards comme la rivale de la Free Software Foundation. L’OSI commença ainsi à délivrer le label « OSI approved » aux logiciels dont les licences satisfaisaient aux critères de l’open source, moins restrictifs et injonctifs que ceux du free software. Les divergences portaient notamment sur le principe du copyleft. Quand la Free Software Foundation défendait celui-ci, c’est-à-dire prônait l’obligation d’offrir les mêmes libertés aux utilisateurs de toutes les versions dérivées d’un logiciel libre, l’Open Source Initiative se contentait de permettre que les logiciels dérivés soient soumis aux mêmes conditions. Il s’agissait d’une nuance importante. Le succès de l’approche open source fut concomitant à la croissance fulgurante des entreprises de nouvelles technologies et au gonflement de la bulle Internet.

Exemples de licences, facilité d’utilisation, niveau juridique de protection

Depuis la première licence libre GPL de Richard Stallman et l’avènement de l’« open source » plus permissif, de nombreuses licences ont été créées pour répondre à des projets et besoins spécifiques, amenant son lot de complexité, notamment lorsqu’il s’agit dans un projet informatique d’intégrer des composantes logicielles existantes encadrées par une autre licence libre ou open source… C’est ainsi que l’on peut considérer la « compatibilité » de licences entre elles, et le rôle prépondérant (ou « contaminant ») du copyleft qui implique donc qu’un projet informatique qui intègre un morceau de code en copyleft sois placé lui-même sous la même licence copyleft.

Licences libres et open source d’après https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_licences_libres https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_licences_libres

Pour utiliser une licence libre dans un projet informatique ou pour une production littéraire et artistique (sous licence Creative Commons par exemple, comme évoqué ci-après), rien du plus simple : il suffit d’associer au projet un court texte qui mentionne le ou les auteurs, le fait que ce projet est placé sous licence GPL v3 par exemple, et d’indiquer l’adresse web où l’on peut retrouver le texte intégral de la licence, voir à ce titre https://www.gnu.org/licenses/gpl-howto.html. Contrairement au dépôt de brevet, il n’y a donc aucune démarche particulière à faire pour donner plus de libertés aux utilisateurs en utilisant des licences libres, sans ces mentions, les principes plus restrictifs du droit d’auteur s’appliquent, ce qui interdirait par exemple à quelqu’un d’utiliser l’une de vos photos publiée sur votre site afin d’illustrer un article sur Wikipedia.

Si les termes de la licence libre sont bafoués, il est possible de saisir les tribunaux pour faire valoir ses droits, tout comme si la licence n’était pas libre et avec la même force juridique : cela pourrait être le cas si une de vos vidéos est utilisée même partiellement pour faire une publicité sans mentionner le fait que vous en être l’auteur.


Le libre dans les arts et la culture : les creatives commons, wikipedia, la culture du remix et du mash-up

Les licences libres de type GPL ont été créées à l’origine pour des programmes, du code informatique, les licences Creative Commons constituent quant à elles un ensemble de licences régissant les conditions de réutilisation et de distribution d'œuvres (notamment d'œuvres multimédias diffusées sur Internet). Élaborées par l'organisation Creative Commons, elles ont été publiées pour la première fois le 16 décembre 2002. Elles sont composées à partir de 4 critères :

  • Attribution : signature de l’auteur initial (obligatoire en droit français) (sigle : BY)
  • Non Commercial : interdiction de tirer un profit commercial de l’œuvre sans autorisation de l'auteur (sigle : NC)
  • No derivative works : impossibilité d’intégrer tout ou partie dans une œuvre composite ; l'échantillonnage (sampling), par exemple, devenant impossible (sigle : ND)
  • Share alike : partage de l’œuvre, avec obligation de rediffuser selon la même licence ou une licence similaire (version ultérieure ou localisée) (sigle : SA)

La combinaison de ces 4 critères produit 6 licences type qui permettent à l’auteur de donner plus ou moins de libertés aux personnes qui souhaiteraient ré-utiliser sa création. http://creativecommons.fr/licences/

Le « spectre » des licences Creative Commons

A titre d’exemple, les contenus de l’encyclopédie participative Wikipedia sont placés par défaut sous licence Creative Commons attribution, partage dans les mêmes conditions, ce qui a permis de mettre tout un pan de la connaissance humaine sous un régime de droit d’auteur beaucoup plus permissif que le régime « traditionnel », on peut ainsi éditer et vendre des livres à partir des contenus de Wikipedia sans aucun soucis.

Le fait de placer des textes, des créations sonores, graphiques, vidéos, multimedia sous licence Creative Commons a également favorisé la culture du remix et du mash-up : on réalise une nouvelle création artistique intégrant uniquement ou pour partie des contenus réalisés par d’autres artistes et auteurs mais réagencés pour en faire un œuvre originale.

Les licences pour le matériels libre

Concernant le « matériel libre » (aussi appelé « Open Hardware »), il convient de faire un petit retour sur la question de la propriété intellectuelle pour bien en cerner les limites actuelles. La propriété intellectuelle est le domaine comportant l'ensemble des droits exclusifs accordés sur des créations intellectuelles. Elle comporte deux branches :

  • la propriété littéraire et artistique, qui s'applique aux œuvres de l'esprit, est composée du droit d'auteur et des droits voisins.
  • la propriété industrielle, qui regroupe elle-même, d'une part, les créations utilitaires, comme le brevet d'invention et les signes distinctifs, notamment la marque commerciale, le nom de domaine et l'appellation d'origine.

Elle comprend un droit moral (extra-patrimonial) qui est le seul droit attaché à la personne de l'auteur de l’œuvre qui soit perpétuel, inaliénable et imprescriptible, et qui s'applique donc de manière post-mortem, même après que l'œuvre soit tombée dans le domaine public (soit maintenant 70 ans après la mort de l’auteur pour le droit français). Certaines personnalités du mouvement du logiciel libre dénoncent l'escroquerie sémantique du concept de « propriété intellectuelle », de même le récent brevetage du vivant a suscité de vives controverses éthiques et juridiques.

Représentation simplifiée du cadre de la propriété intellectuelle
Logo Open Hardware

Donc comme on l’a vu, ce qui est du ressort de la propriété littéraire et artistique (programme informatique, textes, créations audiovisuelles) peut être diffusé via des licences libres, avec les objets et le matériel, on est dans le cadre de la propriété industrielle et du brevet donc, ça se complique ! Pour autant on voit de plus en plus aujourd’hui d’appareils estampillés « Open hardware », en fait il est possible de placer sous une licence libre les plans constitutifs de l’objet, la documentation qui l’accompagne, les programmes informatiques qu’il embarque éventuellement, mais la licence matérielle libre ne couvre pas la production de l’objet ou le fait de pouvoir concéder sa fabrication à un tiers qui reste du domaine du brevet et donc de la propriété industrielle. Il existe aujourd’hui principalement 2 licences matériels libres (la CERN Open Hardware Licence et la TAPR Open Hardware License) , des réflexions sont menées à l’échelle internationale pour tenter de dépasser les limites évoquées.

Parmi les grandes réussites dans le domaine du matériel libre, on peut évoquer le microcontrôleur Arduino qui permet, de façon autonome ou branché à un ordinateur, de gérer des capteurs, des actionneurs et bien d’autres choses encore en y adjoignant des greffons (des « shields ») pour ajouter une connexion WIFI ou GSM, un GPS, des contrôleurs de moteurs, … Créée à l’origine dans des buts pédagogiques, cette carte connaît un succès mondial auprès des makers, artistes et artisans numériques. Du fait de son caractère ouvert, la carte Arduino a été clonée abondamment, des entreprises ou des collectifs y ont également apporté des modifications pour l’adapter à leurs besoins. Un autre exemple de matériel libre est la « Rep Rap », première imprimante 3D développée de façon ouverte par une université anglaise et qui connaît également un succès mondial et de nombreuses déclinaisons.

Carte Arduino
RepRap Modèle Darwin

On pourrait se demander comment se rémunérer lorsque l’on crée un objet placé » sous licence « matériel libre » et qui peut donc être fabriquer par n’importe qui ? Certains objets, comme ceux embarquant de l’électronique, nécessitent parfois un outillage très spécial pour être fabriqués, de plus la plupart des gens ne souhaitent pas passer du temps à fabriquer l’objet, même s’ils en ont les plans, par contre son coté ouvert implique que l’utilisateur de l’objet pourra le faire évoluer, le transformer (on parle de la « bidouillabilité » d’un objet), le coté open hardware devient alors un argument de vente que l’on retrouve souvent lorsque la première série d’un objet est créée via un crowfunding (financement participatif).

Ce type d’approche s’est notamment développée via des lieux comme les « FabLab », des ateliers locaux de fabrication qui comporte la plupart du temps des outils traditionnels et des outils numériques (imprimante 3D, découpe laser, fraiseuse à commande numérique) et où les utilisateurs sont invités à documenter leurs projets, à partager connaissances et savoir-faire.

Exemples de projets Open Harware

Open source ecology Projet OpenBionics Projet Echopen Open Science Harware

La culture du libre s’immisce dans de nombreux autres domaines de la société

Services en ligne libres et éthiques

A partir de l’émergence de la première licence libre, ce mouvement a connu de nombreuses évolutions, comme avec le matériel on l’a vu, mais aussi dans d’autres registres : on peut évoquer les outils en ligne ou applications web qui sont là aussi très nombreuses, avec par exemple le moteur de site Wordpress, mais aussi et surtout tout un ensemble d’outils de communication, d’échange, de travail collaboratif alternatifs à ceux proposés par les grandes plateformes commerciales américaines (les fameux GAFAM pour Google Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). Cet aspect sera développé dans un chapitre suivant.

Projet Degooglisons Internet !

Les services proposés par Framasoft

Réglement Général sur la Protection des données en image

« Open data » ou données ouvertes

Le libre s’est également transposé aujourd’hui aux données, avec le mouvement « open data » qui consiste à publier de façon ouverte et structurée des jeux de données issues des institutions publiques ou du secteur privés dans toute une diversité de domaines : données du cadastre, données géographiques et sociales, transport, consommation d’énergie, environnement, disponibilité des vélos publics, horaires en temps réel des bus, … L'ouverture des données (open data) est à la fois un mouvement, une philosophie d'accès à l'information et une pratique de publication de données librement accessibles et exploitables. Elle s'inscrit dans une tendance qui considère l'information publique comme un bien commun (tel que défini par Elinor Ostrom) dont la diffusion est d'intérêt public et général. Certains acteurs revendiquent un principe de réciprocité : comme une partie de ces données est produite avec de l’argent public, on pourrait souhaiter que l’accès à ces données soit limité ou rendus payant pour les acteurs du secteur marchand qui trouveraient une façon de les monétiser, comme par exemple une start-up qui gagnerait des sous via une application sur le transport public en s’appuyant sur les données produites par la ville. Ce principe de licence à réciprocité, expérimenté par exemple dans la métropole du grand lyon, pourrait être transposé aux autres domaines du libre (logiciel, creative commons, open harware, …) pour qu’un acteur public ou privé qui puiserait dans ces communs y contribue en retour.

Les licences Open Data de la métropole de Lyon

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Gouvernance ouverte

Toujours dans la dynamique du libre, un mouvement international se regroupe sous l’appellation « open government » ou de gouvernance ouverte. Ce mouvement promeut l’idée qu’il faut ouvrir la gouvernance des institutions publiques aux citoyens en leur donnant les moyens à la fois de connaître les éléments constitutifs des politiques publiques (enjeux, budgets, …) et aussi de pouvoir participer à la décision publique. C’est donc une envie de transparence et de mise en débat et en partage des décisions politiques qui conduirait à placer les élus plus comme des animateurs du débat public que comme décisionnaires. De nombreuses initiatives existent dans le monde, qui s’appuient sur des plateformes en ligne et des réunions « in real life » pour orchestrer l’attribution d’un budget participatif, discuter et proposer des évolutions pour un projet de loi, ou encore co-construire un aménagement de l’espace public comme une place ou un parc. On peut simplement citer l’initiative très volontariste de la ville de Barcelone qui a déployé de nombreux outils et de nombreuses actions tout en participant au développement d’un réseau qui fédère ces initiatives à l’échelle internationale. 1024px-Democratie Ouverte.jpg Projet Decidim

  • Marketing politique : Démocra-ciblée - #DATAGUEULE 68

Le libre aujourd’hui, demain

Enfin, pour finir le tour d’horizon des cultures libres, on peut mentionner les « semences libres » qui visent à contrecarrer les envies de multinationales de breveter le vivant et se réserver le droit de produire des graines, les intelligences artificielles / assistants personnels aujourd’hui trop nourries de nos données personnelles et « élevées » principalement par les mêmes grandes entreprises américaines du net et qui gagneraient à se « libérer », et dans un futur plus ou moins proche, la perspective de l’homme augmenté, du cyborg, du cerveau connecté que je préfère imaginer libres et ouverts que fermé et opaque ...

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Dick Cheney Google AI Art

Mises en application

  • jeu de rôle : un scandale éclate lorsqu'on apprend que le patron d'un géant du web manipule les foules pour se faire élire président
    • vous êtes le patron en question, quelles mesures allez vous annoncer pour restaurer la confiance de vos utilisateurs clients ?
    • vous êtes l'état en question, quelles mesures allez vous annoncer pour restaurer la confiance de vos citoyens
    • vous êtes une ONG militante pour les droits civiques, quelles actions allez vous faire pour que cela ne se reproduise plus
  • Je n'ai rien à cacher
  • stratégie anti fake news
  • prochain modèle éco du numérique : 3 scénarios
  • économie de la contribution - salaire universel pour tout le monde, les machines travaillent à notre existence, quid de la prochaine année ?
    • vous faites de la recherche scientifique (pour guérir les gens)
    • vous faites un travail difficile mais utile à la société
    • vous n'avez pas de travail